
Le
crooner jazzy français Henri Salvador est décédé à Paris
à l'âge de 90 ans, au terme d'une carrière d'une longévité
et d'un éclectisme exceptionnels, laissant derrière lui
le souvenir inaltérable d'innombrables succès, de son
rire tonitruant et d'une voix suave.
Il s'est éteint à son domicile parisisien,
à la suite d'une rupture d'annévrisme, a indiqué sa
maison de disque.
"J'ai tout fait dans ce métier! Et
dire que cette carrière était improvisée!", confiait
le chanteur à l'AFP en octobre 2006, au moment de la
sortie de son dernier album, "Révérence".
"Faut rigoler", "Zorro est arrivé",
"Le loup, la biche et le chevalier" (et son refrain
"Une chanson douce..."), "Maladie d'amour", "Syracuse",
"Le travail c'est la santé"... Qu'elles aient charmé
ou fait rire, ses chansons ont marqué plusieurs générations.
Les réactions d'artistes, d'amis, d'hommes
politiques étaient nombreuses. "Ses refrains et sa voix
de velours inimitable continueront à nous bercer, encore
longtemps", a salué le président Nicolas Sarkozy.
"Son rire si caractéristique et sa
personnalité solaire manqueront à des générations de
Français bercés par sa Chanson douce", a aussi relevé
le Premier ministre François Fillon.
Né à Cayenne, en Guyane, le 18 juillet
1917, Henri Salvador arrive enfant en métropole. Son
envie de devenir musicien naît de sa découverte du jazz,
Louis Armstrong et Duke Ellington.
Guitariste de jazz reconnu, il se produit
dès 16 ans dans les cabarets parisiens, où il accompagne
notamment Django Reinhardt. Repéré par Ray Ventura,
il rejoint son orchestre, qui part pour une tournée
en Amérique du Sud en 1941. Salvador devient une vedette
au Brésil, où il passe quatre ans.
De retour à Paris, il sort en 1947
son premier disque, "Maladie d'amour", un tube. D'autres
suivront, comme "Le loup, la biche et le chevalier"
(1949), "Blouse du dentiste" et "Faut rigoler", deux
des nombreuses chansons écrites avec Boris Vian au milieu
des années 50. Viennent ensuite dans les années 60 "Le
lion est mort ce soir", "Zorro est arrivé", "Syracuse"
ou "Le travail c'est la santé".
Il conquiert aussi le public par ses
talents de "showman" à la télévision, dans les émissions
"Salves d'or" puis "Dimanche Salvador". Un éclectisme
rare en France et qu'on trouve plutôt chez des artistes
américains comme Sammy Davis Jr.
La nonchalance de Salvador cache un
artiste hors pair. L'une de ses chansons, "Dans mon
île" (1957), a contribué à la naissance de la bossa
nova après que les musiciens brésiliens l'eurent découverte
dans le film italien "Nuits d'Europe": "Quand Jobim
a vu ça, il s'est dit: +C'est ça qu'il faut faire, ralentir
le tempo de la samba et mettre des belles mélodies+".
En 1994, il retrouve le jazz, sa passion,
avec l'album "Monsieur Henri".
L'an 2000 marque son retour au premier
plan grâce à "Chambre avec vue", album bossa nostalgique
écrit par de jeunes musiciens, dont Keren Ann et Benjamin
Biolay. mais il n'a jamais digéré qu'il soit qualifié
"d'album de la résurrection".
A la même époque, le photographe des
yéyés Jean-Marie Périer révèle qu'Henri Salvador est
son père biologique et qu'il ne l'a appris qu'à l'âge
de 16 ans.
A l'occasion de son dernier concert
le 21 décembre 2007 au Palais des Congrès de Paris,
il rappelle avec l'auto-dérision dont il aime jouer
qu'il est le plus âgé des chanteurs français: "Aznavour
a 83 ans, Chevalier est mort à 84, Trenet à 86 ou 88.
Il n'y a que Jeanne Calment qui m'ait battu, mais elle
chantait comme une enclume!"
Passionné par l'espace, Henri Salvador
disait ne pas appréhender la mort: "Je crois à l'éternité,
à l'infini. Dans notre galaxie, il y a des milliards
d'étoiles, et combien y a-t-il de milliards de galaxie?
Vous vous rendez compte du nombre de vies qu'on a à
vivre!".