
Un portrait intime de Yehudi Menuhin en sage. Comment
ne pas reparler du film que Bruno Monsaingeon lui
a consacré en 1995, Le violon du siècle,
sorte de testament de près de 40 ans d’amitié
entre le musicien et le cinéaste, à
l’occasion des 10 ans de la disparition du
maestro?
Virtuose à 9 ans, maître de son art
à l’adolescence, Menuhin est de ceux
qui croient au plus profond d’eux-mêmes
que l’art peut abolir le mal. Et pour lui,
la preuve irréfutable, c’est la musique
de Bach, dont il avait déjà enregistré
l’ensemble des Sonates et Partitas avec une
impressionnante maturité à 20 ans.
Un utopiste, un sage? Un sage engagé qui
disait leur fait aux grands de ce monde, sans prendre
de gants mais avec ce sourire désarmant.
Ce pacifiste partit en tournée dans les camps
de concentration et ceux de réfugiés
avec Benjamin Britten en 1945 et a donné
le concert inaugural de l’ONU à New
York. Ce militant pour la liberté osait admonester
l’URSS à respecter les droits de l’homme
et prenait la défense de Soljenitsyne et
Rostropovitch alors que vénérer la
Russie soviétique était encore une
religion en 1970. Il défendait le Dalaï
Lama, prônait l’ouverture envers les
palestiniens... Ou exhortait Margaret Thatcher à
épargner Bobby Sands et les grévistes
de la faim de l’IRA...