 Qui
sont-ils, les chorégraphes romands qui «font»
l’actualité? Comment vit-on son métier
de la danse en terre romande? Et comment se porte
celle-ci en ce début de millénaire?
Rencontre avec un passionné et spécialiste,
Jean-Pierre Pastori.
«Il y a une tradition de la danse depuis le
XXe siècle seulement. C’est l’arrivée
des Ballets russes – on en fête les 100
ans cette année – à Lausanne c’est
la présence du duo Sakharoff. Il y a un public,
il y a des artistes que les tournées conduisent
sur les bords du Léman. Mais il n’y a
pas encore de créateurs. Ceux-ci se profilent
dès les années 30.
Quelques premières écoles s’ouvrent.
Les premières étoiles romandes percent
à Paris: Rosselat, Ponti. Des troupes indépendantes
apparaissent. A Lausanne, le Théâtre
municipal accueille régulièrement des
spectacles qui tournent.» Jean-Pierre Pastori
voit toutefois l’essor réel d’une
danse proprement romande dans les années 70.
«C’est l’ouverture à Genève
de l’école ERA, qui accueille des professeurs
orientés vers la danse contemporaine, et qui
souvent viennent des Etats-Unis. Il faut dire que
cette décennie connaît une explosion
mondiale, la danse est revisitée, redéfinie.
La Suisse romande suit le mouvement. Plusieurs troupes
se créent. Mais il y a du bon et du moins bon,
et peu survivent.»
L’élan est donné
Mais l’élan est donné et il ne
s’arrêtera pas. Aujourd’hui encore,
la Romandie est reconnue par ses voisins alémaniques
par exemple [lire ci-contre] comme une région
particulièrement dynamique. «Il y a un
foisonnement, même si peu de troupes ont finalement
une activité qui résiste sur la durée.
Souvent, ou presque obligatoirement, une troupe est
l’émanation de son fondateur-chorégraphe,
et est donc d’abord liée à une
personnalité. De plus, ce foisonnement reste
localisé. Peu de compagnies parviennent au
stade des tournées internationales. A quoi
s’ajoute le fait que pour percer dans ce domaine,
il faut avoir un profil clair, une ligne déterminée.
Les grandes salles internationales fonctionnent ainsi.»
Reste que le métier est dur, le marché
serré, le public de la danse contemporaine
est relativement restreint. «Et maintenant on
danse partout. Pour la dimension du pays, l’offre
est vraiment vaste.» La danse romande a donc
(quand même) de beaux jours devant elle? «Je
ne pense pas que 2000 soit aussi florissant que 1980,
répond Jean-Pierre Pastori. C’est un
peu retombé. ça bougeait plus alors,
il y avait plus de curiosité. L’impression
aujourd’hui est de quelque chose de plus en
place. La tendance est un peu toujours à l’expérimentation,
et si un public est fidèle, voire fidélisé,
est-il vraiment populaire, ou seulement initié?»
Deux publics
Jean-Pierre Pastori précise: il y
a deux publics en fait. Celui de la danse classique,
et celui de la danse contemporaine. Du premier, il
constate qu’il vieillit. «Les grandes
compagnies ne sont quasi plus invitées à
Lausanne ni à Genève. Bien sûr,
nous avons le Béjart Ballet Lausanne, et le
Ballet du Grand Théâtre de Genève.
Mais la nouvelle génération montre moins
d’intérêt, même si leurs
spectacles font quasi salle comble.»
Et du second: «Il lui manque une stimulation.
Je ne sais pas s’il augmente.» jft

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